L'égalité entre les peuples n'est plus une chimère  

Heureux étrangers qui habitez le Sénégal et qui vous préoccupez tous les jours de l’égalité entre  Noirs et Blancs, réjouissez-vous ! Cette affaire du visa biométrique, triste alambic où se distillent toutes les passions et toutes les haines, a des conséquences aussi heureuses qu’inattendues, qui vous feront plaisir !

Je m’explique. Par un effet que l’on ne saurait attribuer à la seule providence sans outrager les brillants promoteurs du visa biométrique, les honteuses frontières de la couleur de la peau sont enfin sur le point d'être abolies.

En effet, qui aurait pu imaginer que des Sénégalais, nés au Sénégal, enfants et petits enfants de purs sénégalais de vieille souche, seraient un jour enfin traités à l’égal des Blancs ?

Les sulfureuses théories racistes d’Arthur de Gobineau, de sinistre mémoire, sont définitivement balayées. Mélanodermes et leucodermes sont enfin sur un pied d’égalité !

Il n’y a qu’à se rendre dans n’importe quel consulat du Sénégal de n’importe quelle ville sur la planète pour mesurer l’ampleur d’un phénomène qui constitue sans doute une première mondiale. Pour ma part je ne doute pas que ce seul prodige a suffi à requinquer un Nelson Mandela que le monde entier pleurait déjà,  qui a remis à plus tard son voyage ad patres , l'une des dernières destinations pour laquelle on n'exige pas encore de visa, pour ne rien rater de l’événement.

Le schéma classique de la discrimination raciale s’applique en général des Blancs vers les Noirs, ou des Noirs vers les Blancs, ça dépend un peu de quel côté de la frontière on se situe et qui porte le képi. Et, justement, c’est là que l’on peut crier au génie. En effet, quel meilleur endroit qu’un consulat, ce morceau de terre sénégalaise en France, cet îlot d’extraterritorialité dans le glauque océan d'une civilisation décadente, pour mettre Noirs et Blancs dans le même marigot, que l’on agite bien fort avant d'aller à la pêche ?

Ne riez pas, la chose est grave. Autrefois les sénégalais du Sénégal pouvaient se plaindre avec raison de l’attente interminable et des tracasseries sans nom pour obtenir un visa à l’ambassade de France à Dakar. Eh bien maintenant, réciprocité oblige, les sénégalais ayant des passeports français pourront dire la même chose lorsqu’ils iront faire leurs démarches au consulat du Sénégal à Paris : la réciprocité poussée à ce point-là, je n’aurais jamais imaginé !

La prochaine étape, à mon sens indispensable pour aller au fond des choses, sera de mettre en place une  police des frontières efficace, particulièrement vigilante le long des côtes sénégalaises, pour refouler les pirogues bondées d’immigrants clandestins, roses comme des "cochons grattés", naufragés volontaires blottis sur des radeaux de la méduse de la détresse humaine, qui afflueront d’une France moribonde, promise à une fin prochaine. Souhaitons que la réciprocité jouera, là encore, à fond, et que des associations caritatives s'occuperont de soigner, loger, défendre, protéger, intégrer ces indésirables qui menaceront de voler des emplois aux sénégalais et qui par surcroît coûteront cher à l'Etat sans rien lui rapporter. 

Allons, je me moque. Cela n’aura qu’un temps, les choses vont s’organiser ! Tenez, regardez, depuis le changement de régime, n’avons nous pas de l’électricité sans coupure, une belle autoroute pour aller à Diamnadio, la police n’a-t-elle pas arrêté le racket le long des routes, sauf quelques vieux de la vieille qui finiront par s'auto racketter tant ils en ont le vice dans le sang ?

Les rues deviennent propres, les méchants croupissent dans des culs de basse fosse, ne trouve-t-on pas du sérum antivenin dans tous les postes de santé ?

A cela s’ajoute sans doute tout un tas d’améliorations que les Blancs ne voient pas car elles profitent à l’immense majorité de la population qui ne vit pas comme nous.

Il y a bien d’autres choses encore qui s’améliorent. Réjouissons-nous ! Soyons patients, et continuons à apprécier ce beau pays qui nous accueille avec tant de chaleur humaine et de générosité que vous et moi avons décidé d’y vivre pour le restant de nos jours.

Et souhaitons quand même que tôt ou tard le pays s’intéresse d’un peu plus près à la manne touristique qui pourrait rapporter tant d’argent et faire vivre tant de familles. Cela n’est  pas simple non plus. Les « sacs à dos » et les petits Blancs qui n'auraient même pas de quoi vivre en France n’apportent rien de bon, d'autant que plus ils sont bêtes et plus ils se croient intelligents. D'autre part le pays n’est pas encore suffisamment équipé pour offrir les prestations de qualité qu’un touriste de bon niveau peut exiger lorsqu’il prend ses vacances en famille à l’étranger. Cela viendra aussi, pour peu que l'on s'y intéresse ! Nous en reparlerons dans quelques temps, si vous le voulez bien.

 

 

© Reginald GROUX 2014