Le tourisme au Sénégal ou tous les problèmes pris à l'envers 

Le tourisme au Sénégal ou tous les problèmes pris à l'envers !

Je ne reviendrai pas sur la polémique suscitée par l'instauration du visa biométrique. Même si l'on accepte sur le fond que c'était une mesure inévitable, mise dans les tuyaux par le précédent gouvernement, la communication et la gestion concernant cette mesure ont été totalement contre productives. Je lis maintenant dans SunOnLIne  que l'on va prochainement prospecter le marché nord américain, nouvelle manne attendue. Encore un mirage aux alouettes et une idée farfelue de plus ! Quand on connaît un tant soit peu les Américains, on sait quelle est leur obsession de la sécurité, de la propreté, de l'ordre, de l'hygiène, du respect de la loi. Si c'est pour voir des palmiers et des crocodiles, il y en a plein la Floride, ce n'est donc pas le dépaysement que l'Américain viendra chercher au Sénégal. Si c'est pour la culture, il faudra qu'il aille voir ailleurs, l'offre en matière culturelle, mis à part le Djembé (qui se pratique dans Central Park et dans tous les quartiers blacks tous les dimanches), le Sénégal présente une offre pratiquement inexistante. D'autant qu'en Amérique le moindre patelin a son petit musée, on ne va pas les rassasier avec des miettes.

Le Sénégal est aux antipodes de ce que recherchent les Américains : l'état des routes et des véhicules qui y circulent font frémir, la propreté et le confort des lieux d'accueil, dès que l'on sort des grands hôtels et de quelques campements sérieux, relève du conceptuel, l'hygiène des cuisines de restaurant est souvent confié aux mouches et aux cafards, l'ordre, la loi, sont laissés à l'appréciation de fonctionnaires parfois, et même trop souvent, incompétents ou indélicats, les sessions de chants religieux qui durent jusqu'au milieu de la nuit font froid dans le dos d'Américains qui ont une phobie de l'Islam. L'idée de devoir aller se faire soigner dans un hôpital local suffirait à les rendre malades. Pour ma part, rien de cela ne me dérange, j'aime vivre au Sénégal et je trouve que ces petits inconvénients ne sont rien au regard des avantages, mais en ce qui concerne les américains, il faut renoncer, cela fera faire des économies d'argent et d'énergie.

En fait, si l'on dressait une liste de pays répulsifs pour le touriste américain, le Sénégal (comme beaucoup de pays africains et la presque totalité des pays islamistes) aurait toutes les chances d'y figurer. Avant de s'appuyer sur des statistiques "prometteuses" et de s'empoigner pour organiser un salon qui coûtera des millions pour un résultat nul, il vaudrait mieux procéder à un sondage d'opinion auprès des touristes qui sont au Sénégal pour établir ce qui va et ne va pas, ce qu'il faudrait améliorer, quelles sont les attentes, les bons et les mauvais côtés du séjour, bref, faire un état des lieux autre que le coefficient de remplissage des hôtels. Et surtout déterminer dans quels pays prospecter pour attirer de la clientèle. Ce qui permettrait de mieux cibler le profil du client idéal. Mais c'est vrai, j'oubliais, ce client idéal existait déjà : il était européen, et maintenant qu'on a tout fait pour le décourager, on va aller le chercher en Amérique! Pour le décourager aussi ?

Si les organisateurs/participants d'un tel salon avaient pour véritable objectif de faire du business pour leur propre compte, ce que personne n'oserait jamais imaginer naturellement, ils n'auraient pu choisir meilleure destination et meilleures circonstances. Ah, New-York et ses magasins d'électronique à bon marché, ses vêtements pas chers à cause d'un change favorable, tout ce que l'on pourrait rapporter avec le matériel d'exposition, on en est tout de même pas à quelques centaines de kilos près quand c'est l'Etat qui règle la note ! Mais je vous rassure, c'est irréalisable, car lorsqu'on participe à un salon qui a coûté tant d'argent on se doit d'être assidu sur le stand, et quand bien même le diable les tenterait, les participants ne trouveraient pas matériellement le temps de se détourner de leur devoir. Ouf, nous sommes rassurés.

À quand une véritable politique touristique avec un doigt d'intelligence au lieu de cet éternel gaspillage autour d'idées foireuses ?                                                                                                                    Avant d'essayer d'attraper du poisson il faut apprendre à pécher, non ? Et de préférence, Messieurs les penseurs, allez jeter vos filets là où le poisson est comestible.


Je viens de me faire quelques copains de plus, mais cela ne fchange pas grand chose, j'en ai déjà tellement !

Bon appétit !

© Reginald GROUX 2014